Jeanne d'Arc

Description analytique

Antoine Du Four:

Natif d'Orléans, Antoine Du Four (ou Dufour) rejoint très jeune la communauté dominicaine de cette ville puis poursuit ses études théologiques au couvent Saint-Jacques à Paris. Ses talents d'orateur lui attirent rapidement les faveurs de Louis XII et d'Anne, reine de France et duchesse de Bretagne, dont il devient le prédicateur. En 1504, au moment où il compose les Vies des femmes célèbres il se dit "docteur en théologie de l'ordre des frères prescheurs, general incquisiteur de la foy". Deux ans plus tard, il est nommé confesseur et directeur de conscience des époux royaux. En 1507, il est élu évêque de Marseille et meurt en 1509, vraisemblablement durant le voyage qu'il effectue en Italie aux côtés du roi.

Les Vies des femmes célèbres:

Ce manuscrit enluminé des Vies des femmes célèbres est sans conteste l'une des plus belles pièces de la collection réunie par Thomas Dobrée. Après être passé dans trois collections, il fut acquis par Giraud de Savine en 1847 à la vente du marquis de Coislin.
Désireuse de renouer avec une ancienne tradition littéraire, Anne de Bretagne fit appel à Antoine Du Four, brillant orateur et prédicateur dont elle fera par la suite son confesseur, pour rédiger cette apologie de la femme à travers les exemples les plus illustres. Cet ouvrage de commande fut, semble-t-il, le seul d'Antoine Du Four dont le thème ne soit pas religieux.
Cette galerie de portraits sans liens, décrite en "maternel langage", est dans la lignée des écrivains du Moyen Age et de la Renaissance italienne. Elle emprunte à l'Antiquité le thème des neuf preuses choisies pour leurs vertus et illustrées par des femmes de l'Antiquité, de la Bible et de l'histoire. Mais Du Four ne se contente pas de cela. Il développe "une idée qui émerge à cette époque : celle de la dignité humaine, de l'individu spirituel face au collectivisme médiéval". Il est, par l'esprit, proche de Pétrarque et de Boccace avec le De claris mulieribus et le De genealogia deorum (premier manuel de mythologie de 1373) mais également de Christine de Pisan (La Cité des dames, 1405) et de Jacques Philippe de Bergomensis (De plurinis claris selectisque mulieribus, 1497)

Jean Pichore l'enlumineur:

Ce manuscrit a pu être identifié comme appartenant au groupe des oeuvres réalisées par l'enlumineur-peintre parisien Jean Pichore sous le mécénat du cardinal Georges d'Amboise, archevêque de Rouen. Attribué longtemps à l'École de Rouen dont faisait partie Jean Pichore, ce manuscrit n'est plus considéré comme rouennais mais bien comme une oeuvre parisienne. Transposée dans un cadre médiéval, cette peinture est marquée par une double influence : flamande, dans le traitement du paysage, et italienne dans les références à l'Antiquité et la recherche de la perspective. Avec un mélange de fantaisie et de rigueur dans la mise en scène, associées à l'utilisation de coloris chatoyants, Jean Pichore développe un art proche de la peinture de chevalet mais sans l'audace d'un Jean Perréal. Oeuvre d'émulation morale et d'érudition humaniste ces Vies des femmes célèbres sont représentatives de l'époque de transition de la sensibilité gothique à celle de la Renaissance. En achetant ce manuscrit, le collectionneur savait qu'il disposait là d'un "bel échantillon" dont la "finesse d'exécution" le ravissait.

Descriptif Text

Antoine Du Four (Orléans, XVe s.-1509). Jehanne, surnommée de Vaucouleurs dans " Les vies des femmes célèbres". Paris, composé en 1504, illustré vers 1506 par l'artiste parisien Jean Pichore. Manuscrit sur vélin fort, 77 ff., caractères gothiques, réglure à l'encre rouge, initiales ornées, bouts de ligne enluminés, 81 peintures, reliure du milieu du XIXe siècle par Bauzonnet-Trautz, en maroquin bleu au semis de fleurs de lys et d'hermines, intérieur en maroquin bleu semé du monogramme de la reine Anne : A potencé et couronné, H. 34 cm, l. 22 cm ou 21,5 cm (ouvert 43 cm), ép. 3,5 cm. Anc. coll. Asselin, L. Bourdillon et du marquis de Coislin. Acquis pour la somme de 4500 F à la vente du marquis de Coislin, 29 novembre 1847, n° 606. Cat. Durville 1904, p.424-454. Nantes, Musée départemental Dobrée, ms. XVII.

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