Écrin du cœur d'Anne de Bretagne

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Description analytique

La reine Anne, duchesse de Bretagne, mourut au château de Blois, le 9 janvier 1514 (nouveau style), à l’âge de trente-sept ans. Louis XII voulut faire à la reine de funérailles d’une splendeur inaccoutumée.

Obligée, de par sa dignité de reine de France, d’être inhumée en l’abbatiale de Saint-Denis, où étaient placés les tombeaux des souverains de France, la reine Anne voulut que son cœur reposa auprès de ses parents à Nantes, dans son duché de Bretagne. Dans le récit des funérailles d’Anne de Bretagne, Bretaigne, le héraut d’armes de la duchesse (Paris, 1858, publié par L. Merlet et Max de Gombert, p. 92) nous précise que " la noble dame, d’une affection humaine et libérale, tirant a sa neustralité (sa fin naturelle), commanda, pria, octroya et accorda que son cueur eust esté porté en son pays et duché de Bretaigne, mys et enterré en sa cité et ville de Nantes avec ses père et mère ; duquel cueur elle faisoit présent a ses Bretons, comme a ses bons amys et loyaux subjectz : ce que fait a esté ".

Le tombeau qu’elle avait fait édifier, entre 1502 et 1507, pour ses parents, dans l’église des Carmes de Nantes, fut donc ouvert et le cœur d’Anne de Bretagne déposé à l’intérieur du monument, entre François II et Marguerite de Foix, le 19 mars 1514. Pierre Choque, nous fait à nouveau le récit de la cérémonie à laquelle donna lieu le dépôt du cœur d’Anne de Bretagne dans le tombeau de l’église des Carmes.

" Le dict Chancelier (Philippe de Montauban) print le cueur de la dicte dame (Anne de Bretagne) et au devant de luy le roy d’armes Bretaigne, ayant deux cierges de cire vierge, armoyés aux armes de la dicte dame, et descendirent soubz la voulte où gisoit le père et la mère de la dicte dame…Et la fut posé le cueur de la magnanyme dame en un coffre d’acier fermant a clef, entre son père et mère…Celluy cueur estoit moult gros et grant, et s’emerveilloient plusieurs notables personnages comme la noble royne avoit si grant cueur. Enchassé estoit en ung cueur d’or richement couroné comprins d’une cordelière, le tout d’or." (Récit des funérailles d’Anne de Bretagne, op. cit., p. 106 et 108).

Le reliquaire se compose d’une boîte en forme de cœur, constituée de deux valves en tôle d’or repoussée et guillochée réunies par une cordelière d’or qui dissimule la suture.

Sue les faces extérieures se lit l’inscription en relief dont les lettres romaines (H. 0,4 cm) sont rehaussées d’émail vert foncé :

Aver
en: ce :petit :vaisseav :
de :fin :or :pvr :et :mynde :
repose :vng : plvs : grand :cvevr :
qve :oncqve :dame :evt :av :mynde :
anne :fvt :le :nom :delle :
en :France :devx :fois :roine :
duchesse :des :bretons :
royale :et :sovveraine
c
m.v.xiii

Revers
Ce :cvevr :fut :si :tres :havlt :
que :de :la :terre :avx :cievlx :
sa :vertv :liberalle :
acroissoit :mievlx :et :mievlx
mais :diev :en :a :reprins :
sa :portion :meillevre :
et :ceste :part :terrestre :
en :grand :dveil :novs :demevre
ixe janvier

Le cœur est surmonté d’une couronne d’or, composé de neuf fleurs de lys (H. 2,2 cm) alternant avec neuf trèfles (H. 1,4 cm) ornés de filigranes, qui dissimule un fermoir en forme de M romain (H. 1,8 cm) émaillé vert foncé. Sept rangs de cordelières soulignent l’inscription en relief, en lettres romaines, rehaussées d’émail rouge, dont chaque mot est séparé par un point émaillé vert émeraude :

cvevr. de. vertvs. orne. dignement. couronne.

En bas du reliquaire si l’on croit S. de La Nicollière-Teijeiro, Le Cœur de la reine Anne, dans La Bretagne Artistique et Littéraire, 1881, tome II, p.153 et planche hors texte, n° 3, un S gothique, aujourd’hui disparu, émaillé vert foncé (H. 1,7 cm) servait probablement à dissimuler la charnière inférieure et peut-être un nœud des deux extrémités de la cordelière. Ces lettres M et S servant de fermoir pourraient être interprétées comme une composition monogrammatique formant l’emblème Mater Salvatoris : " Mère du Sauveur " (voir J.M.R. Lecoq-Kerneven, Traité de la Composition…, Rennes, 1869, p. 65 et 76).

A l’intérieur du reliquaire, sur un fond d’émail blanc, figure l’inscription circulaire, en lettres dorées de 0,6 cm de hauteur, au bord des deux valves :

o. cvevr. caste. et. pudique. o. iuste. et. be(noist). cvevr.

cvevr. magnanime. et. franc. de. tout. vice. vaincqvevr.

cvevr. digne. entre. tovs. de. covronne. celeste.

ore. est. ton. cler. esprit. hors. de. paine. et. moleste.

S. de La Nicollière-Teijeiro (op.cit., planche hors texte, n°1) montre dans son dessin du cœur, que la couronne n’était pas posée directement sur la boîte, comme on le voit actuellement, mais était soutenue par deux boucles de la cordelière. Il s’agit soit d’une interprétation du dessinateur, soit que ces supports aient pu être brisés lors des ouvertures successives du reliquaire, depuis la Révolution.

Le 16 octobre 1727, Gérard Mellier, maire de Nantes, fit ouvrir le tombeau des Carmes dans lequel avait été déposé le cœur. Il y trouva, dit le procès-verbal détaillé (dans Arrêts, ordonnances, règlements et délibérations de la Mairie de Nantes, t. IV, 1728, p. 1-18) : un coffret de plomb scellé à " couronnement en cercueil…chargé de huit hermines en relief ", sans serrure, avec deux anses de plomb " orné de six hermines en deux rangs, sur chaque face, en longueur ", au-dessus de chaque anse, un écu armorié portant neuf macles, posées 3,3,2,1, sommées d’un lambel en chef à quatre pendants. Ces armes étaient celles de Philippe de Montauban qui avait scellé et porté le cœur pendant la cérémonie des funérailles. C’était un fidèle conseiller d’Anne de Bretagne ; il assista en sa qualité de chancelier de Bretagne aux contrats de mariage de la duchesse avec Charles VIII et Louis XII et fut confirmé dans sa dignité de chancelier par le roi Louis XII. A l’intérieur du coffret de plomb, reposait un coffre de fer " en forme de bahu ", avec une poignée de fer sur le dessus et une serrure. Une fois ce coffre ouvert, un nouveau coffret de plomb est apparu, scellé lui aussi. C’est dans ce coffret que reposait le cœur d’or ployé dans " un scapulaire d’étoffe ". Le reliquaire était donc enfermé dans trois coffrets. Ces coffrets étaient placés dans le caveau, posés sur une pierre : " entre le cercueil de François second et celui de Marguerite, a la tête d’iceux, est une pierre d’ardoise sur laquelle était le coffre de plomb ci-devant describé ".

On ne connaît pas le nom des orfèvres qui réalisèrent le cœur d’Anne de Bretagne. Jean Perréal peignait alors son effigie et ce fut lui qui donna le modèle des écussons, armoiries et devises de la défunte. Peut-être donna-t-il le dessins de ce reliquaire ? Un compte détaillé des funérailles d’Anne de Bretagne à Saint-Denis daté de 1514 nous a été conservé (à Nantes, aux Archives départementales de Loire-Atlantique, (E 208/2). Il s’agit du compte de Guillaume de Beaune, trésorier-général des finances de Bretagne donnant force détails sur les étapes du cortège funèbre depuis Blois jusqu’à Paris, avec le nom des orfèvres de Blois qui furent chargés de faire la couronne et d’autres décorations qui figuraient sur le cercueil de la reine. Ce compte ne mentionne pas la relation du cœur et rien ne prouve que les orfèvres cités ont travaillé à la réalisation de ce chef-d’œuvre d’orfèvrerie. Un compte semblable a put être fait pour la translation du cœur d’Anne de Bretagne de Blois à Nantes : il n’est malheureusement pas parvenu jusqu’à nous.

M.-H. Santrot, Entre France et Angleterre, le duché de Bretagne, essai d’iconographie des ducs de Bretagne, Nantes, 1988 , p. 285-288.

Texte descriptif

Écrin du cœur d’Anne de Bretagne Blois (?), 1514 Or rehaussé d’émail. H.15 cm ; l. 12,5 cm. Auteur anonyme, 1514 Nantes, Musée départemental Dobrée

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